Le déclin d’un support historique

Ces dernières années, les ventes de presse sur support papier ont connu une baisse importante. Au fil du temps, plusieurs médias ont volé la vedette à ce format historique : ce fut tout d’abord la radio, puis la télévision qui grâce à une simplicité d’accès et une relative gratuité ont petit à petit détourné le peuple du support papier. Plus récemment, la démocratisation d’Internet et l’avènement du numérique ont changé la donne en fournissant un accès à l’information libre et inépuisable, accentué par les réseaux sociaux et le partage de publications.

 

Évoluer ou disparaître

Le secteur de la presse n’a pas vraiment anticipé la mutation digitale de notre société, les journaux papiers ont été pris de court par Internet et un tout nouveau mode de consommation de l’information a vu le jour. La spontanéité et la gratuité du média numérique ainsi que la multiplication des terminaux mobiles forment un adversaire de taille et ne laissent que peu de chance au format classique. De ce fait, il paraît difficile pour la presse de lutter sans succomber à la transformation digitale. Il ne s’agit pas forcément de délaisser le format papier mais plutôt d’additionner les supports afin de créer une certaine complémentarité et ainsi, satisfaire tous les usages. Cependant, certains journaux n’ont pas eu cette opportunité : c’est le cas du quotidien historique France Soir, qui après de nombreuses difficultés et de multiples réorientations de sa ligne éditoriale, a annoncé fin 2011 la disparition de sa version papier contre une diffusion exclusivement numérique.

 

Un média réinventé

Très rapidement, et à défaut d’avoir anticipé cette révolution numérique, la presse a dû s’adapter afin de concurrencer les pure-players, médias présents uniquement en ligne. Les journaux ont profité de leur notoriété et de leur crédibilité en tant que titre de presse pour diffuser leur contenu via des sites web et application mobiles. Au-delà de cette présence digitale, il a fallu proposer du contenu gratuit pour exister et se démarquer au sein de ce nouvel écosystème.

 

Un modèle économique incertain

Habituée à un mode de financement classique basé en partie sur la vente des éditions papier, la presse écrite à dû s’adapter et redéfinir sa stratégie. Elle s’est naturellement d’abord tournée vers la publicité en ligne, une source de revenus importante et facile à mettre en place. Pensant avoir trouvé un équilibre et un modèle économique viable, la presse s’est rapidement heurtée à l’agacement des internautes face à la publicité intrusive, et par conséquent à l’explosion des outils de blocages de publicité tel qu’Adblock. Ce modèle a donc rapidement affiché ses limites et a forcé les éditeurs à réfléchir à de nouvelles stratégies. La solution trouverait-elle sa source chez certains pure-players ? On peut évoquer le site Mediapart dont les articles sont accessibles via un abonnement mensuel et qui privilégie un contenu exclusif de qualité, sans publicité. La réussite est totale puisqu’en 8 ans d’existence, le taux d’abonnés n’a cessé de croître pour atteindre les 118 000 abonnés ainsi qu’un chiffre d’affaires s’élevant à plus de 10 millions d’euros en 2015 (souce : Mediapart). Le média indépendant créé par Edwy Plenel est donc très rentable et s’impose comme un modèle de réussite durable. La plupart des médias nationaux tels que Le Parisien ou encore Le Figaro ont ainsi mis en place un système d’abonnement permettant d’accéder à l’édition numérique de leurs journaux via leurs sites internet ou leurs applications mobiles : l’accès payant permet également de consulter des articles de fond, des dossiers ou analyses que l’on ne trouve pas sur les autres sites. Instaurer un abonnement reste délicat, car si les pure-players ont su imposer ce modèle sur la durée, les quotidiens nationaux n’ont pas forcement la même légitimité dans l’esprit du lecteur en ce qui concerne l’exclusivité et la qualité des informations.

 

Un challenge de taille

Dans notre article précèdent, nous avions évoqué le native-advertising. Cette tendance marketing prometteuse pourrait permettre à la presse de trouver un compromis entre gratuité et publicité, sans gêner le lecteur ni s’exposer aux logiciels de blocage de publicité. Là encore, c’est chez les pure-players que la presse classique doit trouver son inspiration. L’un des meilleurs exemples français s’apelle Konbini, média incontournable de la génération Y qui manie le native-advertising à la perfection. Le site qui compte plus de 60 millions de visiteurs uniques sur l’année 2015 (source : Konbini) est aujourd’hui une référence en la matière. Son mode de fonctionnement réside en un mélange habile de pop-culture et de brand-content rédigé grâce à des partenariats avec des marques à forte notoriété. La presse classique arrivera-t-elle à apprivoiser cette tendance ou à trouver un modèle économique durable sur les supports numériques ? C’est en tout cas le défi majeur qu’elle tentera de relever dans les mois à venir.