Internet pointé du doigt

Les années 2000 sont synonymes de crise majeure pour l’ensemble des acteurs de l’industrie du disque. C’est d’ailleurs en France que l’on constate la plus forte baisse de tout le marché européen avec une chute des ventes estimées à près de 52 % entre 2002 et 2007 selon la SNEP (syndicat national de l’édition phonographique). Deux phénomènes sont principalement mis en cause. En premier lieu, l’apparition du format numérique, alternative sérieuse au CD va permettre de manipuler beaucoup plus facilement sa musique. Dans le même temps l’avènement d’Internet va donner naissance à un certain Napster, qui va ouvrir la porte au piratage et à une multitude d’autres logiciels de peer-to-peer, nouveaux cauchemars des majors. Une question se pose alors pour les consommateurs : Pourquoi payer un cd contenant 2 titres pour près de 5€30 alors que la musique est désormais gratuite et a portée de clic ? Cette période signe le début des ennuis pour le marché de la musique.

 

Une stratégie défensive peu efficace

Tous les bouleversements vont obliger les majors, habituées à avoir un contrôle quasi-total sur le marché de la musique depuis des décennies, à préparer une riposte de taille dans le but de faire disparaître le piratage. Les premières stratégies mises en place consistent alors à s’attaquer aux logiciels de téléchargement illégaux et aux sites répertoriant les fichiers piratés à travers de nombreux procès. A cela s’ajoute des actions de lobbying auprès des politiques afin de renforcer la législation sur la protection du droit d’auteur et sanctionner plus facilement les particuliers. Ce coup de force judiciaire de la part des majors s’est avéré être un échec : les utilisateurs comprennent rapidement qu’ils n’ont que très peu de risques d’être poursuivis et les logiciels de peer-to-peer se multiplient. Le piratage se démocratise et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

 

L’apparition du téléchargement légal et des plateformes de streaming     

L’industrie s’est finalement faite une raison : il faudra désormais compter avec le format numérique et Internet. Alors pourquoi ne pas jouer le jeu et ainsi transformer la menace en opportunité ? En 2003, Apple lance l’iTunes Store : un catalogue imposant de titres numérisés vendus à l’unité ou par albums, une alternative réelle aux ventes physiques permettant de concurrencer le téléchargement illégal. Le modèle est un succès, propulsé par les ventes de l’iPod. Mais le modèle le plus intéressant prend source quelques années plus tôt en 2001 avec l’apparition des premières plateformes de streaming légales qui vont permettre aux utilisateurs, moyennant un abonnement mensuel, d’accéder à un catalogue musical encore peu fourni. Une façon pour les maisons de disques ou artistes indépendants de faire un pas vers la digitalisation et surtout de générer des revenus afin de tenter de compenser la baisse des ventes physiques. On peut ainsi citer Rhapsody ou encore Yahoo Music qui furent les précurseurs en la matière. Malheureusement ces derniers ne connaitront pas le succès escompté.

 

Une offre enfin à la hauteur

Une jeune start-up française va réellement faire décoller le marché du streaming musical à partir de 2007 : Deezer propose pour la première fois un service d’écoute en streaming illimité et gratuit, grâce à de nombreux accords avec des poids lourds de l’industrie du disque tels que Sony BMG et Universal. Le catalogue de titres est conséquent et son modèle économique repose tout d’abord sur la publicité qui lui permet de rémunérer les majors. Par la suite, la plateforme va partiellement abandonner la gratuité et proposer des abonnements contre une meilleure qualité de son et l’absence de publicités. De nombreux concurrents verront rapidement le jour avec plus ou moins de succès, on peut notamment citer Spotify qui sur le même modèle que Deezer, a su s’imposer comme l’un des grands acteurs de l’offre de streaming musical.

 

Une stratégie digitale gagnante 

Tandis que les ventes physiques continuent de chuter, le marché du streaming musical est aujourd’hui au beau fixe et considéré comme l’un des principaux leviers de croissance de l’industrie du disque. En France, 3 millions de personnes sont aujourd’hui abonnées à une plateforme de streaming musical (dont 1 million supplémentaire sur l’année écoulée) selon les chiffres de la SNEP. Après plusieurs années de crise et de tâtonnement sur le média digital, le secteur semble enfin avoir trouvé un modèle pertinent, boosté par l’hégémonie des périphériques mobiles et des applications. La bataille du streaming ne fait que commencer, le marché a vu arriver de nombreux concurrents prestigieux ces derniers mois tels que les géants du numérique que sont Apple et Google, mais également des acteurs incontournables du milieu musical comme Jay-Z et sa plateforme Tidal. La transition numérique de la musique est donc définitivement en marche et ce n’est qu’une question de temps avant que les ventes physiques ne soient déclassées par les revenus générés par les plateformes de streaming.